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L’évolution
des méthodologies dans l’enseignement du français langue étrangère depuis
la méthodologie traditionnelle jusqu’à nos jours.
Ana Rodríguez Seara
Alunma de tercer ciclo del Centro Asociado de la Uned
de Tudela
RESUMEN
Desde el siglo XIX hasta nuestros días las diferentes metodologías se
han sucedido a veces en ruptura con la metodología anterior y otras adaptándose
a las nuevas necesidades de la sociedad. Veremos como el objetivo cultural
imperante en el siglo XIX se transforma a partir de la segunda guerra mundial
para hacer frente al auge del inglés que se impone como lengua de comunicación
internacional. El desarrollo del enfoque comunicativo coincide con la aparición
de ciertas corrientes de investigación y las nuevas necesidades lingüísticas
surgidas en el marco europeo. El estructuralismo insistirá en la competencia
lingüística hasta que el funcionalismo imponga la supremacía de la
competencia comunicativa. Actualmente asistimos a un periodo de eclecticismo
metodológico en el que se propone una “enseñanza cíclica y acumulativa”
que fomente el uso de la lengua hablada, atendiendo a todos los aspectos de la
comprensión y producción oral y escrita.
ABSTRACT
From the 19th century to our days, the different methodologies
have followed one another, sometimes breaking with the previous methodology and
other times, adapting themselves to the new needs of society. We will see how
the cultural objective prevailing in the 19th century in France
evolves from the Second World War onwards to face up the boom of English, which
imposed itself as the language for international communication.
In the 20th century, the development of a more practical
approach coincides with the appearance of certain linguistic needs that emerged
in the European framework. Structuralism will insist on linguistic competence up
to the moment when Functionalism demands the supremacy of communicative
competence. At the present time, there is a period of methodological eclecticism
in which it is proposed the use of
an “ accumulative and cyclic” teaching that encourages the use of the spoken
language, paying attention equally
to all aspects of comprehension and production, both oral and written.
En cette année 2001, déclarée année européenne des langues, nous
vous proposons un parcours à travers les différentes méthodologies de
l’enseignement des langues étrangères et en particulier du français, depuis
le XIXème siècle jusqu’à nos jours, afin d’en apprécier l’évolution
initiale et la possible stagnation postérieure.
On peut dire que les objectifs d’apprentissage d’une langue étrangère
ont énormément varié depuis la méthodologie traditionnelle. Au XIXème siècle,
l’objectif culturel était prioritaire; en effet, on étudiait une langue étrangère
par et pour sa littérature, ses proverbes, sa culture en général. Ces
connaissances accordaient une catégorie sociale et intellectuelle supérieures
et distinguaient tout particulièrement l’apprenant de langue étrangère. Par
contre, dès 1950, on a préféré l’objectif pratique qui privilégiait un
enseignement de la langue considérée comme un outil de communication destiné
à engager efficacement une conversation avec des personnes parlant une autre
langue.
Alors que dans les années 1960 l’enseignement des langues en milieu
scolaire était à son apogée, dans les années 1980 on peut dire qu’il
stagne. Parallèlement à cette situation, on étudie de plus en plus les spécificités
de l’enseignement des langues étrangères aux adultes. L’apprenant occupe
alors une place de choix dans le processus de formation qui privilégie à présent
l’analyse des publics et de leurs besoins pour déterminer des objectifs et
des itinéraires d’apprentissage spécifiques.
Depuis le XIXème siècle et
jusqu’à
présent, les différentes méthodologies se sont succédé, les unes en rupture
avec la méthodologie précédente, les autres comme une adaptation de celle-ci aux nouveaux besoins de la société. Cependant on ne peut pas définir
d’une manière précise la succession chronologique des méthodologies, étant
donné que certaines d’entre elles ont cohabité avant de s’imposer à la précédente.
Nous vous proposons ici une synthèse des méthodologies qui ont marqué
l’enseignement des langues étrangères en France depuis la méthodologie
traditionnelle jusqu’à nos jours où la tendance générale est à l’éclectisme
méthodologique dont certains didacticiens renient mais que d’autres considèrent
une méthode souple s’adaptant facilement aux problèmes spécifiques de
chaque situation de classe.
1. La méthodologie
traditionnelle.
La méthodologie traditionnelle est également appelée méthodologie
classique ou méthodologie grammaire-traduction. Elle était utilisée en milieu
scolaire pour l’enseignement du latin et du grec. Puis elle a constitué une méthode
d’apprentissage des langues modernes qui ont par conséquent été considérées
comme des langues mortes. Elle a été largement utilisée dans l’enseignement
secondaire français dans la
seconde moitié du XIXème siècle. Il s’agit d’une méthodologie qui a
perduré pendant plusieurs siècles et qui a contribué au développement de la
pensée méthodologique. D’après Christian Puren, la méthodologie
traditionnelle a donné lieu entre le XVIIIème et le XIXème siècles à des
variations méthodologiques assez importantes, et a subi toute une évolution
interne qui a préparé l’avènement de la méthodologie directe.
Le but essentiel de cette méthodologie était la lecture et la
traduction de textes littéraires en langue étrangère, ce qui plaçait donc
l’oral au second plan. La langue était conçue comme un ensemble de règles et d’exceptions que l’on retrouvait et
l’on étudiait dans des textes et qui pouvaient être rapprochées de la
langue maternelle. Cependant on accordait plus d’importance à la forme littéraire
qu’au sens des textes, même si celui-ci n’est pas totalement négligé. Par
conséquent il existe une langue “normée” et de qualité, celle utilisée
par les auteurs littéraires qui
devait être préférée à la langue orale et imitée par les apprenants afin
d’acquérir une compétence linguistique adéquate. La culture était perçue
comme l’ensemble des oeuvres littéraires et artistiques réalisées dans le
pays où l’on parle la langue étrangère.
Au XVIIIème siècle, la méthodologie traditionnelle utilisait systématiquement
le thème comme exercice de traduction et la mémorisation de phrases comme
technique d’apprentissage de la langue. La grammaire était enseignée de manière
déductive ( on présentait d’abord la règle, puis on l’appliquait à des
cas particuliers sous forme de phrases). C’est à cette époque que s’est répandue
l’utilisation d’un métalangage grammatical dans l’enseignement des
langues; un métalangage dont l’héritage persiste encore aujourd’hui.
Au XIXème siècle, on a pu constater une évolution de la méthodologie
provoquée par l’introduction de la version-grammaire dont les pratiques
consistaient à découper en parties un texte de la langue étrangère et le
traduire mot à mot à la langue maternelle. Cette traduction était le point de
départ d’une étude théorique de la grammaire, qui n’occupait plus une
place de choix dans l’apprentissage et ne pouvait donc plus être graduée par
difficultés. Par conséquent, les points grammaticaux étaient abordés dans
l’ordre de leur apparition dans les textes de base.
L’instruction de l’Education Nationale du 18 septembre 1840 donnait
une explication très précise de la méthodologie traditionnelle et de son
application en classe de langue étrangère dans les lycées de l’époque:
La première année (...) sera consacrée tout entière à la grammaire et
à la prononciation. Pour la grammaire, les élèves apprendront par cœur pour
chaque jour de classe la leçon qui aura été développée par le professeur
dans la classe précédente. Les exercices consisteront en versions et en thèmes,
où sera ménagée l’application des dernières leçons. (...) Pour la
prononciation, après en avoir exposé les règles on y accoutumera l’oreille
par des dictées fréquentes, et on fera apprendre par cœur et réciter
convenablement les morceaux dictés.
(...) Dans la seconde année (...) les versions et les thèmes consisteront
surtout en morceaux grecs et latins qu’on fera traduire en anglais et en
allemand, et réciproquement.
(...) Dans la troisième année, l’enseignement aura plus particulièrement
un caractère littéraire.[1]
Etant donné le faible niveau d’intégration didactique que présentait
cette méthodologie, le professeur n’avait pas besoin de manuel, il pouvait en
effet choisir lui-même les textes en fonction de leur valeur littéraire
(subjective, bien évidemment) sans tenir vraiment compte de leurs difficultés
grammaticales et lexicales. Dans ces conditions, il n’existait aucun schéma
de classe et les activités se juxtaposaient dans un ordre aléatoire. C’est
l’enseignant qui dominait entièrement la classe et qui détenait le savoir et
l’autorité, il choisissait les textes et préparait les exercices, posait les questions et corrigeait les réponses. La langue utilisée en
classe était la langue maternelle et l’interaction se faisait toujours en
sens unique du professeur vers les élèves. L’erreur n’étant pas admise,
le professeur la corrigeait systématiquement comme s’il s’agissait d’un
outrage à la langue “normée”, la seule admissible.
Le vocabulaire était enseigné sous forme de listes de mots présentés
hors contexte et que l’apprenant devait connaître par cœur. En effet, le
sens des mots était appris à travers sa
traduction en langue maternelle. On peut donc constater que la méthodologie
traditionnelle proposait un modèle d’enseignement imitatif qui n’admettait
aucune variation créative de la part de l’élève. La rigidité de ce système
et les résultats décevants qu’il apportait ont contribué à sa disparition
et à l’avènement d’autres théories plus attrayantes pour les élèves.
D’après C. Puren, dès le milieu du XVIIIème siècle, la demande
sociale d’apprentissage des langues a évolué. On a alors besoin d’une
connaissance plus pratique des langues étrangères. C’est ainsi qu’on
assiste à la multiplication d’ouvrages didactiques qui se prétendent
universalistes (ils visent des publics hétérogènes et souvent professionnels)
et que l’on a appelé “cours traditionnels à objectif pratique” (CTOP).
Dans ces cours, on remet en question la méthodologie grammaire-traduction et on
prépare l’avènement de la méthodologie directe. Les CTOP intègrent autour
d’un texte de base des contenus grammaticaux gradés et réduits par rapport
à la méthodologie traditionnelle, ils multiplient et varient les exercices de
réemploi des formes linguistiques enseignées, et introduisent au fur et à
mesure des besoins des apprenants des listes de vocabulaire organisées par
rapport à des thèmes de la vie quotidienne.
D’après Henri Besse, la méthodologie traditionnelle ne peut pas être
considérée efficace puisque la compétence grammaticale des apprenants a
toujours été limitée et que les phrases proposées pour l’apprentissage étaient
souvent artificielles. Remise en question, la méthodologie traditionnelle
coexistera vers la fin du XIXème siècle avec la méthode naturelle. Puis, à
partir des années 1870 une interminable polémique va opposer les
traditionalistes aux partisans de la réforme directe jusqu’en 1902, date à
laquelle une instruction officielle imposera d’une manière autoritaire
l’utilisation de la méthodologie directe dans l’enseignement national, ce
que C. Puren nomme “le coup d’état pédagogique de 1902”[2]
et sur lequel nous nous pencherons plus tard.
2. La méthode
naturelle (Méthode des séries de F. Gouin.)
La méthode naturelle se situe à la fin du XIXème siècle
et a coexisté avec la méthodologie traditionnelle de grammaire-traduction bien
qu’elle suppose une conception de l’apprentissage radicalement opposée aux
idées précédentes. La théorie de F. Gouin naît de l’observation de ses
propres problèmes pour apprendre l’allemand par une méthode traditionnelle
et de l’observation du processus d’apprentissage de la langue maternelle par
son petit-neveu. Il a en effet été le premier à s’interroger sur ce
qu’est la langue et sur le processus d’apprentissage d’une langue pour en
tirer des conclusions pédagogiques. Pour F. Gouin, la nécessité d’apprendre
des langues viendrait du besoin de l’homme de communiquer avec d’autres
hommes et de franchir ainsi les barrières culturelles. C’est pourquoi il faut
enseigner l’oral aussi bien que l’écrit, même si l’oral doit toujours précéder
l’écrit dans le processus d’enseignement-apprentissage.
C’est à partir de la méthode de F. Gouin que les méthodes
didactiques vont se baser sur des théories de l’apprentissage
(psychologiques, sociologiques, linguistiques, etc.).
Selon F. Gouin, l’apprentissage d’une langue étrangère doit se
faire à partir de la langue usuelle, quotidienne, si l’on prétend que cet
apprentissage ressemble le plus possible à celui de la langue maternelle par
l’enfant. D’après lui, un enfant apprendrait sa langue maternelle par un
principe “d’ordre”: il se ferait d’abord des représentations mentales
des faits réels et sensibles, puis il les ordonnerait chronologiquement et
enfin il les transformerait en connaissances en les répétant dans le même
ordre, après une période “d’incubation” de cinq à six jours. L’enfant
n’apprendrait donc pas des mots sans rapport, sinon qu’il ajouterait les
nouvelles connaissances à son acquis personnel. La langue étant
essentiellement orale, l’oreille serait l’organe réceptif du langage,
c’est pourquoi l’enfant devrait être placé en situation d’écoute
prolongée en langue étrangère. C’est pour cela que pour C. Germain, F.
Gouin peut être considéré comme
le pionnier de l’immersion et le premier à avoir primé le sens sur la forme
et la proposition sur le mot.
F. Gouin avait une particulière conception de la langue que
nous n’allons pas nous attarder à présenter ici, qui lui a permis de créer
la méthode des séries. Une “série
linguistique” étant pour lui une suite enchaînée de récits, de
descriptions, de thèmes qui reproduisent dans l’ordre chronologique tous les
moments et phénomènes connus de ce thème. C’est ainsi qu’il dresse une
“série” de phrases qui représentent dans l’ordre chronologique toutes
les actions nécessaires pour, par exemple, aller puiser de l’eau. Il établit
une progression de thèmes de la vie quotidienne par difficultés. Cependant, sa
méthode reste incomplète car il ne présente que quelques-unes des séries
possibles.
En dépit des critiques qui ont été faites à la méthode naturelle de
F. Gouin et de la difficulté de sa mise en place dans le système scolaire, il
est indéniable que cette méthode a provoqué une certaine révolution en
s’opposant radicalement à la méthodologie traditionnelle utilisée par ses
contemporains.
3.
La méthodologie
directe.
La méthodologie directe est
considérée historiquement par C. Puren comme
la première méthodologie spécifique à l’enseignement des langues vivantes
étrangères. Elle résulte d’une évolution interne de la méthodologie
traditionnelle ( apparition des CTOP), et de la méthode naturelle qui a anticipé
certains de ses principes. De plus, de nombreux facteurs externes dont nous
parlerons plus tard ont impulsé son développement.
On appelle méthodologie directe la méthode utilisée en Allemagne et en
France vers la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle. Elle
s’est également plus ou moins répandue aux Etats-Unis. En France
l’expression “méthode directe” apparaît pour la première fois dans la
Circulaire du 15 novembre 1901, qui l’opposait systématiquement à la méthodologie
traditionnelle de grammaire-traduction en raison de son principe direct. Dans
cette circulaire, on oblige pour la première fois tous les professeurs de
langue étrangère à utiliser une méthodologie unique, ce qui n’a pas manqué
d’engendrer une forte polémique entre partisans et opposants du nouveau système
d’enseignement.
Dès la fin du XIXème siècle la France désirait s’ouvrir sur l’étranger.
La société ne voulait plus d’une langue exclusivement littéraire, elle
avait besoin d’un outil de communication qui puisse favoriser le développement
des échanges économiques, politiques, culturels et touristiques qui s’accélérait
à cette époque.
L’évolution des besoins d’apprentissage des langues vivantes étrangères
a provoqué l’apparition d’un nouvel objectif appelé “pratique” qui
visait une maîtrise effective de la langue comme instrument de communication.
La méthodologie directe constituait une approche naturelle de
l’apprentissage d’une langue étrangère fondée sur l’observation de
l’acquisition de la langue maternelle par l’enfant.
Les principes fondamentaux qui la définissent sont:
-
L’enseignement des mots étrangers sans passer par l’intermédiaire de
leurs équivalents français. Le professeur explique le vocabulaire à l’aide
d’objets ou d’images, mais ne traduit jamais en langue maternelle.
L’objectif est que l’apprenant pense en langue étrangère le plus tôt
possible.
-
L’utilisation de la langue
orale sans passer par l’intermédiaire de sa forme écrite. On accorde une
importance particulière à la prononciation et on considère la langue écrite
comme une langue orale “scripturée”.
-
L’enseignement de la grammaire étrangère se fait d’une manière
inductive (les règles ne s’étudient pas d’une manière explicite). On
privilégie les exercices de conversation et les questions-réponses dirigées par l’enseignant.
La méthodologie directe se base sur l’utilisation de plusieurs méthodes:
méthode directe, active et orale.
Par méthode directe on désignait l’ensemble des procédés et des techniques
permettant d’éviter le recours à l’intermédiaire de la langue maternelle
dans l’apprentissage, ce qui a constitué un bouleversement dans
l’enseignement des langues étrangères. Cependant l’opinion des méthodologues
directs sur l’utilisation de la langue maternelle divergeait: certains étaient
partisans d’une interdiction totale (thèse adoptée dans l’Instruction de
1908), tandis que la plupart étaient conscients qu’une telle intransigeance
serait néfaste et préféraient une utilisation plus souple de la méthode
directe.
Par méthode orale on désignait
l’ensemble des procédés et des techniques visant à la pratique orale de la
langue en classe. Les productions orales des élèves en classe constituaient
une réaction aux questions du professeur afin de préparer la pratique orale
après la sortie du système scolaire. L’objectif de la méthode orale était
donc pratique. Le passage à l’écrit restait au second plan et était conçu
comme le moyen de fixer par l’écriture ce que l’élève savait déjà
employer oralement, c’est ce que certains ont nommé un "oral scripturé".
D’après l’instruction de 1902, la progression vers la rédaction libre
passait par la dictée, puis par des reproductions de récits lus en classe et
enfin par des exercices de composition libre.
Par méthode
active on désignait l’emploi de tout un ensemble de méthodes :
interrogative, intuitive, imitative, répétitive ainsi que la participation
active physiquement de l’élève.
La méthode interrogative incitait les élèves à répondre aux
questions du professeur, afin de réemployer les formes linguistiques étudiées.
Il s’agissait donc d’exercices totalement dirigés.
La méthode intuitive proposait une explication du vocabulaire qui obligeait l’élève à un
effort personnel de divination à partir d’objets ou d’images. La présentation
des règles de grammaire se réalisait également à partir d’exemples, sans
passer par l’intermédiaire de la langue maternelle. La compréhension se
faisait donc de manière intuitive.
La méthode
imitative avait comme but principal
l’imitation acoustique au moyen de la répétition intensive et mécanique.
Elle s’appliquait aussi bien à l’apprentissage de la phonétique qu’à
celui de la langue en général.
La méthode répétitive s’appuyait sur le principe qu’on retient mieux en répétant. La répétition
pouvait être extensive ou intensive. Cependant l’emploi intensif du
vocabulaire donnerait lieu à une inflation lexicale incontrôlable et négative
pour l’enseignement-apprentissage de la langue.
Finalement, l’appel à
l’activité physique de l’élève pour la dramatisation de saynètes, la lecture expressive accompagnée par des
mouvements corporels, etc. permettrait d’augmenter la motivation chez
l’apprenant.
On peut estimer que c’est à partir de la méthodologie directe que la
didactique des langues vivantes étrangères a fait appel à la pédagogie générale:
on tenait en effet compte de la motivation de l’élève, on adaptait les méthodes
aux intérêts, aux besoins et aux capacités de l’élève, en faisant
progresser les contenus du simple au complexe. C’est pourquoi C. Puren estime
que la rupture entre la méthodologie traditionnelle et la méthodologie directe
“se situe au niveau de la pédagogie générale de référence”[3]
ce qui suppose une grande nouveauté dans l’enseignement scolaire.
Le déclin de la méthodologie directe fut provoqué par des problèmes
aussi bien internes qu’externes. Les problèmes internes les plus importants
ont été l’incontrôlable inflation lexicale et l’intransigeance dans
l’utilisation de la langue maternelle. En ce qui concerne les problèmes
externes ont peut citer le refus par les enseignants d’une méthodologie qui
leur a été imposée par une instruction officielle et l’ambition excessive
de cette méthodologie qui exigeait des professeurs une excellente maîtrise de
la langue orale sans pour autant offrir un recyclage massif des enseignants.
Raison pour laquelle L. Marchand la qualifie de “véritable gaspillage d’énergie”.[4]
On peut ajouter que la plupart des enseignants ont contourné la méthodologie
directe et se sont lancés dans une période d’éclectisme pendant laquelle
ils utilisaient le manuel direct d’une manière traditionnelle, répondant
vraisemblablement ainsi à un manque d’identification avec une méthodologie
trop innovante.
4. La méthodologie
active.
La méthodologie active a été utilisée d’une manière généralisée
dans l’enseignement scolaire français des langues vivantes étrangères
depuis les années 1920 jusqu’aux années 1960. Cependant on constate une
certaine confusion terminologique en ce qui concerne cette méthodologie. En
effet, on la nommait également “méthodologie éclectique”, “méthodologie
mixte”, “méthodologie orale”, “méthodologie directe”, etc. Cette réticence
à nommer cette nouvelle méthodologie révèle la volonté d’éclectisme de
l’époque et le refus d’une méthodologie unique. Certains l’appelaient méthodologie
de synthèse, considérant qu’elle représentait un compromis entre la méthodologie
directe et la méthodologie traditionnelle, alors que d’autres, comme C.
Germain, ne la considérant pas comme une méthodologie à part entière, préfèrent
l’ignorer.
La méthodologie active représente un compromis entre le retour à
certains procédés et techniques traditionnels et le maintien des grands
principes de la méthodologie directe. Lieutaud estime “qu’elle est en
quelque sorte une méthode directe assouplie...”[5].
C’est pourquoi on peut dire que la méthodologie active se veut une
philosophie de l’équilibre.
Ce sont les problèmes d’adaptation de la méthodologie directe en
second cycle qui ont orienté dès 1906 les méthodologues directs vers une
solution éclectique. La volonté d’intégration de l’enseignement des
langues vivantes étrangères dans l’enseignement scolaire était devenu le
principal souci des méthodologues actifs. Ils revendiquent un équilibre global
entre les trois objectifs de l’enseignement-apprentissage: formatif, culturel
et pratique. Faisant preuve de pragmatisme, ils permettaient l’utilisation de
la langue maternelle en classe. En ce sens, on peut dire qu’ils ont réellement
assoupli la rigidité de la méthode précédente. Ils n’hésitaient pas à
intégrer tous les procédés compatibles avec les objectifs de la méthode,
lui conférant ainsi un caractère éclectique, et proposaient une ouverture aux
innovations techniques.
Cependant, cet éclectisme technique n’a pas modifié le noyau dur de
la méthodologie directe, ne faisant qu’introduire certaines variations. On
constate ainsi un assouplissement de la méthode orale qui rendait au texte écrit
sa place comme support didactique. Cependant les textes de base étaient plus souvent descriptifs ou narratifs que
dialogués.
On a également privilégié l’enseignement de la prononciation à
travers les procédés de la méthode imitative directe. La phonétique était
enseignée à la manière des manuels d’anglais de l’époque et c’est avec
l’instruction de 1969 que s’est développée l’utilisation des auxiliaires
audio-oraux (gramophone, radio, magnétophone).
En outre on constate un assouplissement de l’enseignement du
vocabulaire puisqu’on n’interdisait plus le recours à la langue maternelle
comme procédé d’explication. Par conséquent il était permis d’utiliser
la traduction pour expliquer le sens des mots nouveaux. Cependant, dans tous les
cours de FLE de cette époque on retrouve des leçons sur des thèmes de la vie
quotidienne dans lesquelles on utilisait des images pour faciliter la compréhension
et éviter si possible la traduction du vocabulaire. D’autre part, on se
souciait particulièrement de contrôler l’inflation lexicale, véritable bête
noire de la méthodologie directe.
L’enseignement de la grammaire s’est également assoupli. On a privilégié
l’apprentissage raisonné en considérant que l’apprenant avait besoin de se
rendre compte du pourquoi des phénomènes. On essayait donc d’éviter
l’empirisme dans l’enseignement de la grammaire et on utilisait une démarche
inductive qui privilégiait la morphologie sur la syntaxe.
Avec la
méthodologie active, l’enseignement du vocabulaire et de la grammaire ne se
faisait plus sur le mode de la répétition intensive, on lui préférait plutôt
la répétition extensive des structures.
De même la méthode active était amplement valorisée afin d’adapter
les méthodes utilisées à l’évolution psychologique de l’élève et de créer
une ambiance favorable à son activité puisque la motivation de l’apprenant
était considérée comme un élément clé dans le processus d’apprentissage.
Cependant l’instruction de 1969 va supposer une rupture avec la méthodologie
active et favorisera le passage à la méthodologie audiovisuelle, répondant
ainsi à un objectif pratique. Les méthodologies audio-orale et audiovisuelle
auront comme objectif la recherche d’une cohérence maximale. C’est pourquoi
elles intègreront des théories de référence, comme le distributionnalisme et
le béhaviorisme, et utiliseront de nouveaux matériels pédagogiques, comme le
laboratoire de langues, le magnétophone, le projecteur de vues fixes, entre
autres.
5.
La méthodologie
audio-orale.
La méthodologie audio-orale naît au cours de la deuxième guerre
mondiale pour répondre aux besoins de l’armée américaine de former
rapidement des gens parlant d’autres langues que l’anglais. On a alors fait
appel au linguiste Bloomfield qui va créer “la méthode de l’armée”.
Cette méthode n’a duré en réalité que deux ans, mais elle a provoqué un
grand intérêt dans le milieu scolaire. C’est dans les années 1950 que des
spécialistes de la linguistique appliquée comme Lado, Fries, etc. ont créé
la méthode audio-orale (MAO), en s’inspirant des principes de la méthode de l’armée. Pour C. Puren la
MAO américaine, comme la méthodologie directe française, un demi-siècle plus
tôt, a été créée en réaction contre la méthodologie traditionnelle
dominante aux USA à cette époque.
La méthodologie audio-orale constituait un mélange de la psychologie béhavioriste
et du structuralisme linguistique qui a largement influencé l’enseignement de
la grammaire grâce aux “pattern drills” ou “cadres syntaxiques”.
D’un point de vue linguistique, la MAO s’appuyait principalement sur
les travaux d’analyse distributionnelle des disciples de Bloomfield. Ce type
d’analyse considérait la langue dans ses deux axes: paradigmatique et
syntagmatique. Ceci explique que les exercices structuraux (pattern drills,
tables de substitutions, tables de transformations) proposaient aux apprenants
d’effectuer sur les structures introduites en classe les deux manipulations de
base: la substitution des unités les plus
petites de la phrase ou la transformation d’une structure à une autre. Il s’agissait donc
d’exercices de répétition ou d’exercices d’imitation à partir desquels
les apprenants devaient être capables de réemployer la structure en proposant
de nouvelles variations paradigmatiques.
La MAO s’appuyait également sur la psychologie béhavioriste créée
initialement par J. B. Watson et développée postérieurement par B. F.
Skinner. Le langage, selon cette théorie, n’était qu’un type de
comportement humain et son schéma de base était le réflexe conditionné:
stimulus-réponse-renforcement. Les réponses déclenchées par les stimulus étaient
supposées devenir des réflexes, c’est-à-dire des acquis définitifs.
C’est pourquoi le laboratoire de langues va devenir l’auxiliaire privilégié
de la répétition intensive car il faciliterait la mémorisation et l’automatisation des structures de la langue.
Le but de la MAO était de parvenir à communiquer en langue étrangère,
raison pour laquelle on visait les
quatre habiletés afin de communiquer dans la vie de tous les jours. Cependant,
on continuait à accorder la priorité à l’oral. On concevait la langue comme
un ensemble d’habitudes, d’automatismes linguistiques qui font que des
formes linguistiques appropriées sont utilisées de façon spontanée. On niait
la conception universaliste de la langue en considérant que chaque langue a son
propre système phonologique, morphologique et syntaxique. Comme on ne considérait
pas le niveau sémantique, la signification n’occupait pas une place
prioritaire en langue étrangère. C’est pourquoi le vocabulaire était relégué
au second plan par rapport aux structures syntaxiques. De plus, les habitudes
linguistiques de la langue maternelle étaient considérées
principalement comme une source d’interférences lors de l’apprentissage
d’une langue étrangère; afin de les éviter, il était recommandé
d’utiliser la langue étrangère en classe.
La MAO a été critiquée pour le manque de transfert hors de la classe
de ce qui a été appris et on a considéré que sa validité se limitait au
niveau élémentaire. De même, à l’enthousiasme pour les exercices
structuraux a succédé la déception. En effet les exercices ennuyaient les élèves,
les démotivaient et le passage du réemploi dirigé au réemploi spontané ne
se faisait que rarement.
D’un autre côté, la grammaire générative-transformationnelle
chomskyenne s’est attaquée au structuralisme linguistique bloomfieldien en
lui reprochant de ne s’intéresser qu’aux phénomènes de surface et de négliger
les structures profondes de la langue. Pour les générativistes, apprendre une
langue ne consisterait pas seulement à acquérir “un simple système
d’habitudes qui seraient contrôlées par des stimulus de l’environnement” mais à assimiler “un système de
règles qui permet de produire des énoncés nouveaux et de comprendre des énoncés
nouveaux”.[6]
A partir du début des années 1960, on a assisté à une importante
influence de la linguistique sur la didactique du français langue étrangère.
L’expression “linguistique appliquée” devient alors synonyme de “pédagogie
des langues” ce qui révèle son influence sur la didactique des langues étrangères
en France. Même si les références à la MAO et aux principes de la
linguistique appliquée sont très nombreuses dans le discours didactique français
de cette époque, cette méthodologie a eu une influence limitée en France
parce qu’aucun cours audio-oral n’a été publié ni pour l’enseignement
du FLE ni pour celui des langues vivantes étrangères en milieu scolaire.
6.
La méthode
situationnelle anglaise.
Ses origines remontent aux linguistes appliqués britanniques des années
1920-1930 Palmer et Hornby qui voulaient jeter les bases scientifiques d’une
approche orale qui ne reposerait pas sur l’intuition comme pour la méthodologie
directe. L’accent est placé sur les principes de choix et d’organisation du
contenu linguistique à enseigner. Cette méthode était connue vers les années
1950 comme la méthode orale britannique.
Ce qui rendait cette méthode originale c’était la présentation et la
pratique des structures syntaxiques en situation. En effet les
structures devaient être associées aux situations dans lesquelles elles étaient
censées être utilisées. La théorie béhavioriste a influencé cette méthode
qui considérait que l’apprentissage supposait trois processus: d’abord
recevoir la connaissance, puis la fixer dans la mémoire par la répétition et
enfin l’utiliser dans la pratique jusqu’à ce qu’elle devienne une habileté
personnelle. C’est pourquoi il faut créer des automatismes pour que
l’apprenant parvienne à répondre en langue étrangère sans penser aux
structures apprises.
Au début de l’apprentissage, l’enseignant contrôle toute la classe,
puis peu à peu, il laisse l’initiative à l’apprenant pour qu’il parle.
L’aspect visuel était également important ( on utilisait des images, des
flashcards, etc.). Le vocabulaire était choisi en fonction de sa fréquence et
la grammaire structurée en tableaux qui ont été les précurseurs des tableaux
structuraux des méthodes audio-orales.
Palmer estimait qu’il existait des structures universelles pour toutes
les langues, idée qui sera remise en cause par la suite. De même la conception
béhavioriste de l’apprentissage est dépassée aujourd’hui par la
psychologie cognitive qui considère que l’apprentissage correspond à un
conditionnement interne et non externe.
7.
La méthodologie
audiovisuelle.
A partir de la deuxième guerre mondiale, l’anglais devient de plus en
plus la langue des communications internationales et le français se sent alors
menacé. La France a besoin de renforcer son implantation dans les colonies, de
restaurer son prestige à l’étranger et de lutter contre l’essor de
l’anglais. Elle va faire de l’enseignement du FLE une affaire d’Etat.
C’est pourquoi le Ministère de l’Education Nationale a mis sur pied une
Commission chargée de mettre au point
“le français élémentaire” (rebaptisé plus tard français fondamental),
conçu comme une gradation
grammaticale et lexicale élaborée à partir de l’analyse de la langue parlée.
C’est le linguiste G. Gougenheim et le pédagogue P. Rivenc entre autres qui
sont chargés de cette mission en vue de faciliter l’apprentissage et par-là
même la diffusion du français.
Les méthodologues du CREDIF vont publier en 1954 les résultats de cette
étude lexicale en deux listes: un français fondamental premier degré constitué
de 1475 mots, puis un français fondamental second degré comprenant 1609 mots.
Le français fondamental est considéré comme une base indispensable pour une
première étape d’apprentissage du FLE pour des élèves en situation
scolaire. Il désire leur proposer une acquisition progressive et rationnelle de
la langue qui devrait leur permettre de mieux la maîtriser. Le français
fondamental a été l’objet de beaucoup de critiques surtout d’ordre
linguistique: pour certains, c’était un crime contre l’intégrité de la
langue française, pour d’autres, il devait être actualisé car certains dialogues “fabriqués”
présentaient une langue peu vraisemblable, il devait également tenir en compte
les besoins langagiers et les motivations réelles du public visé. C’est ce
que prétendra faire plus tard le CREDIF avec un Niveau Seuil.
C’est au milieu des années 1950 que P. Guberina de l’Université de
Zagreb donne les premières formulations théoriques de la méthode SGAV
(structuro-globale audio-visuelle). La méthodologie audiovisuelle (MAV) domine
en France dans les années 1960-1970 et le premier cours élaboré suivant cette
méthode, publié par le CREDIF en 1962, est la méthode “Voix et images de
France”.
La cohérence de la méthode audiovisuelle était construite
autour de l’utilisation conjointe de l’image et du son. Le support sonore était
constitué par des enregistrements magnétiques et le support visuel par des
vues fixes. En effet, les méthodes audiovisuelles avaient recours à la séquence
d’images pouvant être de deux types: des images de transcodage qui
traduisaient l’énoncé en rendant visible le contenu sémantique des messages
ou bien des images situationnelles qui privilégiaient la situation d’énonciation
et les composantes non linguistiques comme les gestes, les attitudes, les
rapports affectifs, etc.
Selon C. Puren, la MAV française est une méthode
originale, parce qu’elle constitue une synthèse inédite entre l’héritage
direct, la méthodologie induite par les moyens audiovisuels et une psychologie
de l’apprentissage spécifique, le structuroglobalisme. La MAV se situait dans
le prolongement de la méthodologie directe tout en essayant de donner des
solutions aux problèmes auxquels s’étaient heurtés les méthodologues
directs. Les didacticiens français ont également reconnu l’influence décisive
américaine dans les débuts de l’élaboration de la MAV française, cependant
c’est Chomsky qui influencera la suite de son élaboration et la méthodologie
finie.
Dans la méthodologie audiovisuelle, les quatre habiletés étaient visées,
bien qu’on accordât la priorité à l’oral sur l’écrit. La MAV prend
aussi en compte l’expression des sentiments et des émotions, non considérés
auparavant.
Sur le plan de l’apprentissage, la MAV suivait la théorie de la
Gestalt, qui préconisait la perception globale de la forme, l’intégration
par le cerveau, dans un tout, des différents éléments perçus par les sens.
Dans le cas des langues, l’apprentissage
passerait par l’oreille et la vue. La langue étant considérée comme un
ensemble acousticovisuel, la grammaire, les clichés, la situation et le
contexte linguistique avaient pour but de faciliter l’intégration cérébrale
des stimuli extérieurs.
D’après C. Puren, toutes les méthodes présentes dans la méthodologie
directe se retrouvent organisées dans la MAV.
Pour la méthode directe ce sont les images qui servent de
point de départ pour une compréhension directe, c’est-à-dire sans passer
par la langue maternelle. Cette méthode s’appliquera aussi bien à
l’enseignement du lexique (sans recourir à la traduction en langue
maternelle) qu’à
l’enseignement grammatical (sans l’intermédiaire de la règle,
l’apprenant saisit les règles de manière intuitive). Comme la méthode
directe, la méthode audiovisuelle
s’appuie sur un document de base dialogué conçu pour présenter le
vocabulaire et les structures à étudier.
En ce qui concerne la méthode orale, le support audiovisuel
remplace le support écrit. La forme “dialoguée” du dialogue de base vise
à faciliter son exploitation orale en classe. L’accent est placé dès le début
sur la correction phonétique en évitant les interférences de la graphie.
La méthode
active est présente dans la MAV
puisqu’on sollicite l’activité de l’élève à travers l’image qui
stimule la motivation. Les personnages présentés dans les dialogues se veulent
proches des élèves afin qu’ils s’identifient à eux. L’enseignement
lexical et grammatical se fait d’une manière intuitive. Le vocabulaire de
base est sélectionné et présenté à partir de centres d’intérêt inspirés
du français fondamental.
La méthode
interrogative apparaît également car la MAV
considère nécessaire un dialogue constant entre le professeur et la classe
sans que celle-ci ne dépende entièrement de lui. En effet, grâce au support audiovisuel il est possible de rompre le face à face élève-professeur.
La méthode
intuitive en fait aussi partie étant donné
que l’image audiovisuelle permet au professeur d’éviter les “pitreries”
auxquelles il était condamné par la méthodologie directe. Le dialogue sert à
illustrer dans un contexte un nombre de mots usuels nouveaux par un procédé
intuitif. En effet l’élève établit une association systématique du
dialogue et de l’image chargée de représenter la situation de communication.
La MAV se différencie de la méthodologie directe parce qu’elle interdit
toute explication grammaticale. Les exercices structuraux fonctionnent comme une
technique d’application de la méthode intuitive intégrale en enseignement
grammatical et c’est le professeur qui facilitera à l’élève au cours des
exercices l’analyse implicite des structures.
Et
finalement les
méthodes imitative et répétitive que l’on retrouve dans les
exercices de mémorisation et dramatisation du dialogue de base, et dans les
exercices structuraux réalisés au laboratoire ou dans les exercices écrits.
D’après H. Besse, la méthodologie Structuro-globale-audiovisuelle
serait plus proche de la méthodologie directe européenne que de
l’audio-orale américaine et présenterait également des affinités avec la méthode
situationnelle anglaise. En ce sens la SGAV aurait le mérite de tenir compte du
contexte social d’utilisation d’une langue et permettrait d’apprendre
assez vite à communiquer oralement avec des natifs de langues étrangères,
mais n’offrirait pas la possibilité de comprendre des natifs parlant entre
eux ni les médias.
Pour conclure, l’une des principales raisons du succès des méthodes
audiovisuelles semble correspondre au faible investissement qu’elles requièrent
de ceux qui les pratiquent. Cependant la méthodologie SGAV est entrée en déclin
et a cédé sa place à l’approche communicative basée sur d’autres théories
linguistiques (le fonctionnalisme) et psychologiques (le cognitivisme).
8. L’approche
communicative.
L’approche communicative s’est développée en France à partir des
années 1970 en réaction contre la méthodologie audio-orale et la méthodologie
audio-visuelle. Elle apparaît au moment où l’on remet en cause en
Grande-Bretagne l’approche situationnelle et où aux USA la grammaire générative-transformationnelle
de Chomsky est en plein apogée. Elle est appelée approche et non méthodologie
par souci de prudence, puisqu’on ne la considérait pas comme une méthodologie
constituée solide. Quoique Chomsky ait beaucoup critiqué les méthodes
audio-orale et situationnelle, sa linguistique n’est pas directement la source
de l’approche communicative. En effet, c’est la convergence de quelques
courants de recherche ainsi que l’avènement de différents besoins
linguistiques dans le cadre européen ( Marché commun, Conseil de l’Europe,
etc.) qui a en définitive donné naissance à l’approche communicative.
Il n’y a pas de rupture dans les objectifs entre les méthodes
structurales et la méthode fonctionnelle comme cela avait été le cas entre
les méthodologies directe et traditionnelle. La différence se situe au niveau
de la compétence: pour les structuralistes l’important est la compétence
linguistique tandis que pour les fonctionnalistes il faut privilégier la compétence
de communication, c’est-à-dire l’emploi de la langue.
A ce moment-là l’intérêt de nombreux psychologues,
sociologues, pédagogues, didacticiens s’est porté sur les besoins d’un
nouveau public composé d’adultes, principalement de migrants. En effet, la
loi de juillet 1971 insistait sur le droit à la formation continue, c’est
pourquoi on a mis en place de nouvelles structures d’enseignement et de
recherche pour donner naissance à une nouvelle méthodologie. Pour sa part,
l’enseignement des langues étrangères en milieu scolaire a cherché à
s’approprier le système d’enseignement des langues étrangères pour
adultes insérés dans le monde du travail, ce qui a produit une brusque
inversion du modèle éducatif de référence. En France cette loi sur la formation continue a permis d’obtenir des moyens financiers
pour la création de deux ouvrages clés commandés par des organismes publics:
un Niveau Seuil par le Conseil de
l’Europe, et Analyse de besoins
langagiers d’adultes en milieu professionnel par le Secrétariat d’Etat
aux Universités. Grâce à ces crédits et pour la première fois en didactique
des langues on a pu composer des équipes de chercheurs pluridisciplinaires.
Dans les années 1960, la MAV se basait pour la sélection et la
gradation linguistiques sur des listes de fréquence (Français Fondamental)
supposées correspondre à la langue de base devant être acquise quel que soit
l’usage postérieur de la langue étrangère. Mais au début des années 1970,
les méthodologues de FLE se sont trouvés confrontés aux problèmes spécifiques
posés par l’enseignement du français langue étrangère à des étudiants
non-spécialistes de français, dans leurs pays, pour leur permettre l’accès
à des documents écrits de caractère informationnel. Les choix d’objectifs,
de contenus et de méthodes étaient donc motivés par la situation des pays
concernés et par les besoins présents et futurs des étudiants de ces pays.
La MAV, même adaptée à un contenu scientifique, ne pouvait
convenir à ce genre de public, puisqu’elle donnait la priorité à
l’expression orale, proposait une acquisition très progressive du lexique à
partir d’un tronc commun et ne travaillait pas au-delà du niveau de la
phrase. Cette approche fut appelée tout d’abord français instrumental et par
la suite français fonctionnel étant donné la diversité du public visé:
ouvriers migrants, scientifiques, techniciens, étudiants en formation, etc.
Contre l’approche universaliste de la MAV s’imposait ainsi une approche
diversifiée dont la préoccupation était de s’adapter aux besoins langagiers
de chaque public. Toute une partie de la recherche en didactique des langues
vivantes étrangères va s’orienter dans les années 1970 vers l’analyse des
besoins avant même d’élaborer un cours de langue. Ceci provoque une nouvelle
définition d’apprentissage:
Apprendre une langue, c’est apprendre à se comporter de manière adéquate
dans des situations de communication où l’apprenant aura quelque chance de se
trouver en utilisant les codes de la langue cible.[7]
Le français instrumental ne vise pas la communication orale,
autrement qu’en situation de classe, il désire satisfaire un besoin de compréhension
immédiat, il s’agit d’acquérir une compétence de compréhension. Il
s’intéresse à la compréhension de textes spécifiques plutôt qu’à la
production.
Le français fonctionnel, lui, est fondé sur les besoins langagiers réels
des individus. Il envisage une relation de locuteur à locuteur dans certaines
situations de communication, et selon certains rôles sociaux. Un Niveau Seuil
est la tentative la plus importante d’élaboration d’un français
fonctionnel pour l’enseignement du français à des étrangers adultes. On détermine
les besoins langagiers des apprenants en fonction des actes de parole qu’ils
auront à accomplir dans certaines situations. Cependant le français
fonctionnel et le français instrumental ont le même objectif pédagogique,
celui de l’enseignement volontairement limité plus ou moins utilitaire et répondant
à un appel urgent d’un public spécialisé.
Jusque là en enseignement scolaire les besoins langagiers étaient
inconnus. L’enseignant fixait les contenus d’apprentissage à partir
d’objectifs généraux. D’après Richterich l’enseignement d’une langue
est étroitement lié au type de public auquel il s’adresse, il est donc
indispensable de faire une description minutieuse du public visé. Même si la
notion de besoin est ambiguë et se confond parfois avec intérêt, but, etc.,
l’élève demande d’autant plus de formation qu’il a lui-même une
formation plus large. Néanmoins, il existe de nombreux facteurs de
diversification des besoins des apprenants selon le pays où il habite et les
contacts que ce pays entretient avec les pays où l’on parle la langue étrangère,
son niveau de langue, la filière choisie dans ses études et les propres différences
entre individus.
L’évaluation des besoins des apprenants en milieu scolaire restait
cependant difficile à établir étant donné qu’ils étaient souvent
incapables de les exprimer clairement. Il reviendrait donc au didacticien d’établir
une liste de besoins plus ou moins généraux pour le milieu scolaire, de peur
qu’on en arrive à supprimer l’étude des langues étrangères à l’école
jusqu’à l’âge où l’apprenant puisse communiquer personnellement ses
besoins linguistiques. De même les besoins ne pouvaient être définis une fois
pour toutes en début d’apprentissage puisqu’ils évoluent au cours même du
processus d’apprentissage.
La notion de besoin langagier a été controversée et certains, comme D.
Coste, pensent que la notion de besoin langagier n’aurait pas d’existence réelle.
En effet, il n’y aurait que des besoins d’être et de se réaliser à
travers le langage ou même des besoins de survivre dans le cas des migrants. En
réalité seuls des spécialistes du langage comme les poètes et les écrivains
auraient d’authentiques besoins langagiers, car ils utilisent la langue pour
elle-même. De même, pour H. Besse, l’approche fonctionnelle se préoccuperait
trop des besoins de l’apprenant et pas assez de ce qu’il a appellé “ses
potentialités d’apprentissage”, c’est-à-dire ses propres stratégies
d’apprentissage et les “savoir-apprendre” qu’il a déjà assimilés dans
sa culture maternelle.
Pour les méthodologues, les étudiants qui ont besoin d’apprendre le
français pour des raisons professionnelles seraient motivés par une approche
fonctionnelle, contrairement aux apprenants en milieu scolaire qui apprennent
une langue étrangère par obligation.
Dans l’approche communicative les quatre habiletés peuvent être développées
puisque tout dépend des besoins langagiers des apprenants. La langue est conçue
comme un instrument de communication ou d’interaction sociale. Les aspects
linguistiques (sons, structures, lexique, etc.) constituent la compétence
grammaticale qui ne serait en réalité qu’une des composantes d’une compétence
plus globale: la compétence de communication. Elle prend en compte les
dimensions linguistique et extralinguistique qui constituent un savoir-faire à
la fois verbal et non verbal, une connaissance pratique du code et des règles
psychologiques, sociologiques et culturelles qui permettront son emploi approprié
en situation. Elle s’acquiert en même temps que la compétence linguistique.
Il ne suffirait donc pas de connaître les règles grammaticales de la langue étrangère
pour communiquer, il faudrait en plus connaître les règles d’emploi de cette
langue (quelles formes linguistiques employer dans telle ou telle situation,
avec telle ou telle personne, etc.). L’objectif est d’arriver à une
communication efficace:
Les tenants de l’approche communicative considèrent qu’une
communication efficace implique une adaptation des formes linguistiques à la
situation de communication (statut de l’interlocuteur, âge, rang social, lieu
physique, etc.) et à l’intention de communication (ou fonction langagière:
demander d’identifier un objet, demander une permission, donner des ordres,
etc.[8]
De plus, le sens communiqué n’est pas toujours totalement identique au
message que le locuteur a voulu transmettre, car le sens est le produit de
l’interaction sociale, de la négociation entre deux interlocuteurs. En effet,
lorsque l’on produit un énoncé rien ne garantit
qu’il sera correctement interprété par notre interlocuteur.
Selon l’approche communicative, apprendre une langue ne consisterait
pas, comme le croyaient les béhavioristes et la méthode audio-orale, à créer
des habitudes, des réflexes. Pour les psychologues cognitivistes,
l’apprentissage est un processus beaucoup plus créateur, plus soumis à des
influences internes qu’externes. C’est pourquoi les exercices structuraux
ont été critiqués car ils provoquaient une certaine lassitude chez les élèves
et le professeur. On leur reprochait d’être purement mécaniques et de ne
faire référence à aucune situation concrète. Alors que pour l’approche
communicative les constructions ne devraient jamais fonctionner hors des énoncés
naturels de communication.
L’apprentissage n’est plus considéré comme passif, recevant des
stimuli externes, sinon comme un processus actif qui se déroule à l’intérieur
de l’individu et qui est susceptible d’être influencé par cet individu. Le
résultat dépend du type d’information présenté à l’apprenant et de la
manière dont il va traiter cette information. L’enseignant devient ainsi
“un conseiller”. Il doit recourir à des documents appelés
“authentiques”, c’est-à-dire non conçus exclusivement pour une classe de
langue étrangère.
L’approche communicative présente, au moins pour la compréhension
orale, diverses formes linguistiques destinées à transmettre un même message.
On prend en compte le niveau du discours et on distingue entre cohésion (les
relations existant entre deux énoncés) et cohérence (les relations établies
entre des énoncés et la situation extralinguistique). On utilise en classe de
préférence la langue étrangère, mais il est possible d’utiliser la langue
maternelle et la traduction. En ce qui concerne l’erreur, elle est considérée
inévitable.
Selon D. Coste, l’acte de parole dans l’approche communicative est un
outil d’analyse encore trop statique et manque de réalité psychologique. Les
listes de structures morphosyntaxiques et de mots ont fait place aux listes
d’actes de parole et de notions: on n’aurait alors pas dépassé le stade de
la description-inventaire. D. Coste critique le fonctionnalisme pur et dur parce
qu’il vise un public idéal et des enseignants surdoués, évoluant dans des
situations d’enseignement-apprentissage débarrassées des contraintes matérielles
et des programmes scolaires classiques. Il estime que les apprenants en milieu
scolaire ne sont pas en mesure d’assumer leur éducation et que les
enseignants sont insuffisamment formés pour appliquer correctement cette méthode.
Cependant l’approche fonctionnelle a eu le mérite de montrer qu’il
n’est pas nécessaire de disposer d’un bon cours pour réaliser un bon
enseignement, que l’apprenant devait être situé au premier plan, que l’écrit
devait récupérer son statut et qu’il n’est pas nécessaire de suivre un
cours général de langue pour atteindre un objectif spécifique.
9.
L’éclectisme
actuel
Actuellement on peut dire qu’on assiste en didactique du français
langue étrangère à une crise des méthodologies. Il n’y a pas de méthodologie
unique, forte, globale et universelle sur laquelle tous seraient d’accord.
Pour certains méthodologues, l’approche communicative est entrée en déclin
non parce que ses principes sont invalidés ni parce qu’une nouvelle méthodologie
l’a supplantée, mais tout simplement parce qu’en France elle a été employée
comme une méthodologie constituée, alors que pour beaucoup elle ne l’était
pas. C’est pourquoi depuis une quinzaine d’années on assiste à la montée d’un éclectisme méthodologique qui tend à la diversification
des matériels et des approches proposés.
La nouvelle génération d’enseignants refuse toute imposition et ne se
sent plus liée aux méthodologies constituées ni aux manuels que l’on trouve
sur le marché. D’après R. Galisson ce type d’enseignants a une forte
tendance à l’éclectisme et utilise d’une manière subversive le manuel car
il refuse d’employer la méthode telle que l’auteur la préconise. Il
n’adopte plus un manuel, en réalité il l’adapte et le transgresse. Les
professeurs, grâce à la photocopieuse se construisent une méthode propre en
empruntant des éléments de cours à différentes méthodes déjà publiées.
Les méthodologues rigoureux critiquent cet éclectisme excessif en
l’apparentant plus au bricolage qu’à une reconstruction fondée sur une
analyse méthodologique originale.
Cependant pour J. C. Beacco le choix éclectique des pratiques de classe
signifie une sélection raisonnée et non un ensemble hétéroclite de
techniques d’enseignement. D’après lui, les enseignants savent qu’il est
nécessaire de rendre cohérentes des techniques empruntées ça et là, de manière
à permettre aux apprenants de participer activement au processus
d’enseignement-apprentissage en leur faisant comprendre les différentes étapes
du parcours méthodologique. Par conséquent J.C. Beacco considère qu’il
existe une méthodologie circulante sur laquelle les méthodologies constituées
viennent se greffer ou se diluer. Elle se caractérise essentiellement par une
stratégie de polyvalence, c’est-à-dire de souplesse et d’adaptabilité que
l’on reconnaît à certains traits: les séquences didactiques sont longues,
elles présentent une faible cohésion méthodologique qui tourne autour de thèmes
comme la fête, l’amour, l’argent, etc. sans liens apparents entre eux.
Cette méthodologie s’articule autour d’un dialogue principal qui
sert de base à l’essentiel des activités de systématisation qui exploitent
ce support au niveau du lexique, de la grammaire, de la graphie, de la
correction phonétique, des dimensions culturelles, etc. Les activités sont présentées
dans un ordre aléatoire et la cohésion
entre le support souvent authentique et les activités proposées est faible.
L’acquisition des compétences formelles est privilégiée (morphologie et
syntaxe), les compétences culturelles par contre sont abordées en fin d’unité
didactique. D’autre part, l’exercice à trous est largement utilisé.
La tendance actuelle veut réduire le décalage excessif de l’écrit
par rapport à l’oral et ainsi éviter le phénomène d’oralisation de l’écrit.
Il faut donc proposer une progression d’exercices de compréhension et
d’expression écrites dès les premiers moments du passage à l’écrit. L’écrit
authentique serait plus motivant pour l’élève, mais il doit être dosé afin
que l’écrit artificiel serve dès le début de filtre à l’authentique pour
en arriver à une étape où tout l’enseignement reposerait sur des textes réels
de la communication entre Français.
D’après G. Vigner dans les démarches actuelles le moteur de
l’apprentissage est l’interactivité en classe à partir de supports variés
qui déclenchent des prises de parole. Cependant
le traitement de l’apprentissage n’est pas si différent de celui des méthodes
antérieures, car le schéma des leçons ne varie pas: une situation de départ
qui propose une première approche globale de la langue sur laquelle on réalise
un travail d’analyse par le moyen d’exercices (souvent structuraux) pour en
finir par un travail de synthèse et de réintégration à travers des activités
écrites. En matière d’apprentissage, selon cet auteur, on assiste à un éclectisme
de surface sur fond de classicisme.
Dans la plupart des manuels actuels utilisés dans l’enseignement du
FLE on remarque que les contenus grammaticaux ne sont pas présentés d’une
manière cohérente: il s’agit la plupart du temps de tableaux grammaticaux
qui mélangent les procédés inductif et déductif, qui utilisent un peu à la
légère le métalangage grammatical et qui présentent les points de grammaire
partiellement et hors situation.
Il ne s’agit pas de “gaver” nos élèves d’un métalangage grammatical encombrant, ni de leur expliquer de
nouvelles théories linguistiques qui ne rendront pas plus aisée
l’acquisition de la langue étrangère. Cependant on ne peut pas nier qu’il
soit nécessaire de rentabiliser les acquis des élèves en ce qui concerne le métalangage
grammatical de leur langue maternelle. Pour que ce métalangage soit utile dans
leur apprentissage il doit constituer un ensemble cohérent mais également
simple, accessible, qui aura pour but d’aider l’apprenant et non de le gêner
dans l’acquisition des phénomènes linguistiques. Selon J.P. Cuq les
apprenants de Français Langue Etrangère n’ayant pas la possibilité de réemployer
la langue en dehors de la salle de classe accordent à la grammaire une place de
choix dans leur apprentissage. Par contre les apprenants de Français Langue
Seconde ayant l’occasion d’utiliser la langue en situation réelle tendent
à considérer l’enseignement de la grammaire comme un obstacle. Dans ce
dernier cas il n’est pas rare de rencontrer des francophones mal à l’aise
lorsqu’ils entrent en contact avec des Français dont le français est la
langue maternelle, considérant que la variété “franco-normée” est supérieure
en qualité à leur variété autochtone.
Dans nos cours nous constatons souvent l’attachement des élèves
adultes à l’apprentissage de la grammaire, vestige d’un enseignement
traditionnel, étant donné qu’ils la considèrent comme le véhicule des compétences
orale et écrite. De même la maîtrise de la traduction leur paraît plus nécessaire
que celle de l’oral, qu’ils appréhendent comme un obstacle. A notre avis
ceci s’expliquerait par le fait que l’apprenant se sent plus capable
d’exercer ses connaissances grammaticales en solitaire au moyen d’exercices
structuraux et en consultant des grammaires que d’améliorer sa compétence
orale. Qui plus est certains d’entre eux pensent que l’oral ne s’étudie
pas et ne fréquentent que rarement le laboratoire de langues.
L’éclectisme comme méthodologie d’enseignement des langues étrangères
exige que l’enseignant possède de vastes connaissances de la langue qu’il
enseigne, des différentes manières d’enseigner, et qu’il puisse établir
en détail les besoins de ses élèves. Plus l’enseignant est formé, plus il
revendique son autonomie et moins il a besoin de méthode, se sentant capable
d’adapter son enseignement à sa situation particulière de classe. Le système
éducatif ne peut à notre avis fermer les yeux sur les pratiques éclectiques
de bon nombre d’enseignants, en présupposant que ceux-ci seront disposés
d’eux-mêmes à améliorer leur formation. Les Institutions devraient donc
pencher ouvertement vers la formation intégrale des enseignants ou bien vers
l’élaboration d’une méthode cohérente qui viserait le plus grand nombre
de publics. On pourrait ainsi éviter que les élèves ne deviennent des
“cobayes” des “expériences” d’enseignants soumis à l’instabilité
des mutations.
Comme nous nous sommes proposé d’exposer ici, les méthodologies
surgissent parfois comme réaction aux méthodologies précédentes (c’est le
cas de la méthodologie directe par rapport à la méthodologie traditionnelle)
ou bien comme de simples ajustements méthodologiques (c’est le cas de la méthodologie active par rapport à la méthodologie directe) ou
encore comme une reformulation plus profonde faisant appel à d’autres théories
de référence comme la psycholinguistique, la sociolinguistique, la pédagogie,
la politique, etc. (c’est le cas des méthodologies audiovisuelle et
communicative). Cependant les didacticiens sont partagés sur l’évolution méthodologique:
les uns la conçoivent comme un phénomène récurrent, comme si elle tournait
en rond, alors que d’autres la voient comme un mouvement de progression en
spirale. Ce qui ne fait aucun doute est que la didactique a constamment évolué,
parfois timidement mais souvent d’une manière radicale dans un soucis de
modernisation et d’efficacité. En effet, l’objectif de la didactique est
toujours d’enseigner mieux, plus vite et donc plus efficacement. La didactique
se livre donc à une autoévaluation constante en remettant en cause les acquis
de la méthodologie en place, afin d’améliorer le processus
d’apprentissage. C’est en effet l’échec partiel ou total des stratégies
mises en place qui déclenche le besoin de changement méthodologique, même si
d’autres facteurs externes (sociaux, politiques, économiques, etc.)
peuvent influencer également le processus de changement.
L’éclectisme actuel présente
les avantages d’une méthodologie souple, capable de s’adapter aux différentes
situations d’enseignement-apprentissage auxquelles doivent faire face les
enseignants. Néanmoins, pour éviter d’être synonyme d’incohérence et
d’échec, les défenseurs de l’éclectisme, principalement en milieu
scolaire, devraient miser sur la formation des enseignants qui constitue le
point fort de cette méthodologie.
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Puren, C. (1988): Histoire
des méthodologies de l’enseignement des langues, Paris, Nathan-Clé
International, col. DLE, p.50
Puren, C. (1988): Op. cit., p.44
Puren, C. (1988): Op. cit., p.135
Puren, C. (1988): Op. cit., p.193
Puren, C. (1988): Op. cit., p.216
Porquier (1977) p.26, cité par Puren, C. (1988): Op. cit., p. 308
Puren, C. (1988): Op. cit., p.372
Germain, C. (1993): Evolution de l’enseignement des langues: 5000 ans d’histoire,
Paris, Clé International, col. DLE, p.203
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